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"Palermo Palermo"



La série "Répondre", dont le n° 18 de la revue Phœnix a publié quelques poèmes (voir post précédent), est constituée de textes inspirés par divers spectacles, expositions ou lectures : mes tentatives de réponses aux créations de mes contemporains (créations visibles à Paris, en ce qui me concerne).
Parmi celles-ci, les œuvres chorégraphiques de Pina Bausch sont d'une telle puissance qu'elles donnent particulièrement envie de participer à la conversation. C'est encore plus vrai, pour moi, de Palermo Palermo, spectacle inspiré par une ville où j'ai moi-même vécu et travaillé pendant deux ans.
(Le texte est légèrement modifié par rapport à celui donné par Phœnix).


Un mur s’effondre

le bruit que ça fait
la poussière que ça fait
l’effroi que ça fait
et tout ce qu’il y avait derrière
maintenant devant nous

sans compter la possibilité de mourir

tous ces parpaings par terre
on les laisse là comme ça ?
ça fera un souvenir de l’événement
ça fera un nid à rats

mur de Berlin
Ground Zero
effondrements

dans le vieux port de Palerme
on n’a touché à rien
depuis les bombardements de la
seconde guerre
tu es pierre et sur cette pierre

que faut-il faire des ruines
un nouveau chantier   
une démangeaison
les oublier

je bâtirai mon Eglise

comment savoir
quoi faire du passé et de l’avenir

et la vue qui s’est soudain dégagée
on ne peut pas dire que ce soit 
une surprise finalement

 (d’après Palermo Palermo de Pina Bausch)

 
Pina Bausch, Palermo Palermo (extrait)

D'après Kontakhof de Pina Bausch


D’habitude je ne mets pas de work in progress sur ce blog, pas de poèmes écrits tout récemment – je m’étais dit que je mettrais de préférence des poèmes déjà validés par une publication, il faut bien se fixer des règles. Mais comme il faut bien aussi faire des exceptions aux règles, voilà pour une fois un poème tout récent. Je l’ai écrit après avoir vu au Théâtre de la Ville à Paris Kontakhof, le spectacle de Pina Bausch dont on trouve des extraits dans le documentaire Les rêves dansants. Il est directement inspiré du spectacle. Je ne suis pas du tout sûre qu’il soit fini.



je descends l’élégant escalier de marbre
dans ma robe de satin pastel
la main glisse distinguée sur la rampe en fer forgé
j’ai le pas altier dans mes chaussures à talon
un port de danseuse
je souris délicatement   
les os fins sous la peau
j’en fais peut-être un peu trop

(en bas de l’escalier j’entrouvre
la porte d’une cave
il y a de la lumière à l’intérieur
je n’ose pas pousser la porte
si j’entrais je trouverais peut-être du monde)

le groupe des femmes en robes de satin pastel
le groupe des hommes en costume noir
c’est dans la salle de bal qu’ils se trouvent
la danse va commencer
la comédie sociale

je souris gracieusement je rejoins la ronde
les corps anguleux les gestes dérisoires
les offenses les ratages
on en fait peut-être un peu trop

on est mal assortis
et les histoires d’amour finissent mal en général


Kontakthof, photo Maarten van den Abeele


Vide-poche : Hervé Guibert à propos de Pina Bausch

En 1982, Hervé Guibert écrit dans Le Monde, à propos de l’art de Pina Bausch :

« Peut-être que la danse, plus que les larmes, est le sifflet léger d’une soupape de l’âme. Est l’imploration de cesser d’être l’homme sociable, réglé, dompté, pour redevenir animal, dieu, eau, feu. »

Je vois dans la poésie une imploration semblable – quel que soit le sens que l'on donne à "animal, dieu, eau, feu".


"L'homme sociable" endimanché devient corps anguleux, danse cocasse, énergie collective...  Dans le magnifique film "Les rêves dansants, Sur les pas de Pina Bausch".