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Vide-poche : Gabrielle Althen, « Sans créneaux »


"Cette douceur de la robe de l’air, je n’ai pas su la dire. Elle a brillé, elle a passé, parmi les ongles replié des villages. Le ciel penché n’avait livré que des fleurs vides et j’ai erré parmi des mots sans but, au bord de tragédies jamais reçues non plus."

Gabrielle Althen dans la revue Europe de septembre-octobre 2019 (n° 1085-1086)


© Thierry Diers

Un poème de Jean-Claude Pirotte


Je saisis l’occasion du Prix Goncourt de la poésie attribué récemment à l’un de mes poètes préférés, Jean-Claude Pirotte, pour glisser ici un poème de lui.
On est loin de la poésie expérimentale, chez Pirotte on trouvera « Verlaine plutôt que Rimbaud » – on trouvera Pirotte, surtout, de la mélancolie, de la fantaisie, de la Belgique, de la musique.



la poésie je sais bien
fichtre que c'est autre chose
mais ce soir ne suis enclin
qu'à l'élégie grise et rose

rythme impair et pauvre rime
de-ci de-là moins que rien
sous les mots et pour la frime
la fleur bleue le joli brin

l'heure est grave et je dépose
néanmoins mes légers riens
céans (mignonne, la rose...)
est-ce mal ou est ce bien?

à toi seule écrire j'ose
où es-tu ? reviens reviens
ma soif ma joie mon armoise
ma vigne ma faim mon vin

cette chanson plus morose
qu’il y paraît je la tiens
de la nuit qui dit les choses
aux pitoyables vieux chiens

Jean-Claude Pirotte, Le promenoir magique, La Table Ronde, 2009


© Thierry Diers