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Vide-poche : Antoine Emaz
Je ne peux comprendre une
poésie sans émotion parce que l’ennui me saisit immédiatement, autant que le
sentiment du dérisoire. C’est bête à dire, mais il faut qu’un livre me touche,
qu’il me donne un surcroît de vivre autant que de langue, sinon pourquoi
veut-il me voler mon temps ?
Vide-poche : Patrice Maltaverne et Claude Vercey
Sur le problème de la hiérarchisation en poésie :
« Les auteurs excellents se comptent sur les doigts de
la main, la différence entre une écriture d’exception et une écriture
simplement réussie me semblant tenir à des détails… qui font la différence.
Ainsi et en retour, je me sens davantage lucide sur la valeur de ce que
j’écris, me satisfaisant d’appartenir à un flux d’écritures (comme noyé dans le
peloton) qui reflète une époque et une génération, ce qui me paraît bien plus
essentiel que la promotion de quelques ‘stars’ sur des critères en partie
douteux, alors que nous ne parlons en définitive que d’un réseau de
spécialistes, ultra minoritaires au sein de la population ! »
Sur la situation supposément « déplorable » de la
poésie aujourd’hui et le rôle du poète :
« Il ne revient pas aux poètes, ou à ceux qui se
considèrent comme tels, de décider d’une mobilisation générale pour une
hypothétique et prochaine reconquête. (…) Pour l’heure, ce qui revient au poète
d’aujourd’hui, comme d’hier, c’est de préserver et de transmettre. Comme on
préserve le feu, comme on devra le faire pour l’air ou pour l’eau. Je connais
des taches moins nobles. »
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| Rembrandt, Autoportrait |
Pourquoi la littérature ?
Parce que la littérature ne se trompe jamais.
La science et la philosophie, qui se veulent une parole de
vérité, sont aussi nécessairement, par contrecoup, une parole d’erreur et de
mensonge. La lumière n’existe
pas sans l’ombre, la vérité n’existe pas sans ses contraires. Tous les scientifiques, tous les philosophes se sont trompés – et très souvent ils ont menti, se sont mentis à
eux-mêmes. La parole scientifique ou philosophique, quoique indéniablement
porteuse de vérité, n’est jamais fiable.
La littérature, elle, n’a pas choisi la vérité. Elle n’a pas
choisi non plus le mensonge. Les lecteurs savent bien qu’un poème est une
construction qui échappe à la « vraie vie », qu’un roman ne raconte
pas une « histoire vraie ». La littérature ne se veut pas une parole
de vérité, elle se vit comme une parole amoureuse du langage, comme une
histoire amoureuse de la vie. La littérature ne prétend pas refuser ou réfuter
l’erreur ou la contradiction, elle l’absorbe et en fait un élément de son
travail de transformation du langage. Elle se nourrit de l’ambiguïté, de
l’insu, de l’incompris, de l’implicite. Elle se situe en dehors du dualisme
insoluble de la vérité et de l’erreur et c’est pourquoi elle est salutaire et
nécessaire.
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| Rembrandt, Philosophe en méditation |
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