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Cécile Mainardi : L’Homme de pluie


Sorti tout récemment semble-t-il, et déniché en librairie : le dernier livre de Cécile Mainardi, un petit volume intitulé L’Homme de pluie. Des variations autour de l’idée de pluie, et l’apparition-disparition d’un homme qui en découle. Extrait.


(...)

la pluie qui tombe en lui
est la condition non programmable
de son apesanteur


un cercle d’inutilité motrice
tous les six mètres
non tous les dix


le lire est la seule manière pour vous de le comprendre
et pourtant je regrette de l’exprimer avec des choses lisibles


quel ensemble la notion d’indessinable
et celle d’invisible ont-elles en commun ?


ce lieu où tombe la pluie
ce lieu que n’emprisonne pas la pluie
ce lieu du potentiel pur
d’où imperturbablement et sans répit
par une ligne tu surgis

(...)
Cécile Mainardi, L’Homme de pluie, éditions Série discrète, 2017   

Bill Viola, The crossing (extrait de la vidéo)

Un poème de Xavier Person


Dans le recueil de Xavier Person Extravague, les vagues du rêve vont et viennent sans fin, comme celles de la mer – les phrases du rêve. Les phrases et les vagues de l’amour.
Rêve, amour, phrase : pareil. La même eau. On ne sait jamais bien faire la différence. On/il plonge, nage dedans, s’en extrait parfois.
Extravaguer : sortir de la vague, ou au contraire la suivre, loin des solides routes terrestres ?



Réorganisation d’une phrase en lieu et place de sa répétition


Une phrase plongée dans l’eau se voit tordue par ses mouvements, essayant d’en décrire l’absence de couleurs je me trouve confondu avec celle-ci, je m’écoule, je fais corps avec cette phrase, dans presque une eau tumultueuse, je n’en vois pas d’abord la fin, je cherche à m’assoupir sur un matelas plein d’eau, je prends trop de temps pour tomber, après le départ trop brusque d’un rêve, attiré par sa chute, par ce qui dans sa chute en motive le cours, à un moment je n’en reviens pas de tout ce qui s’avère possible aux limites incertaines de cette phrase, du seul fait que je nage encore, essayant de décrire les choses, rêvant d’une phrase mais sans jamais vraiment en atteindre le fond, ayant tout perdu à un moment, ayant aimé cela, ayant aimé cette phrase comme jamais aucune phrase, alors que je dormais déjà, que tout scintillait, sans rien, déjà si loin.

Xavier Person, Extravague, Le bleu du ciel, 2009


Bill Viola, Ascension (extrait de film vidéo)