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"départ"

Le dernier poème de la série « Paros », dont une partie a été publiée dans la revue Friches (n° 108) et une autre (voir post précédent) dans la revue Verso (n° 150).



départ



…et la mer l’ignore




demain donc je te quitte
île fermentant sous la lune 
île décantant au soleil
île aimée du vent et de la mer
belle indifférente

ma tristesse en vagues nonchalantes
vient battre contre mes pensées




une île s’éloigne
un continent se rapproche
des êtres transitent          




pourtant j’en ai déjà quitté bien des endroits
je n’ai jamais connu cette envie de rester
cette impression d’avoir le cœur trop à l’étroit
comme si désormais prenait fin la beauté


Nicolas de Stael, Bateaux

"katharizo"

Le numéro de septembre 2012 de Verso, la jolie revue lyonnaise (numéro 150 !), réunit des poèmes publiés sous le thème « faire eau » – beau titre. Parmi ceux-ci, quatre sont à moi… Ils appartiennent à la même série « Paros » que les poèmes déjà publiés dans Friches et lisibles sur ce blog.
Voici le premier des quatre.


katharizo


tous les chats sont morts
quel est le mot
qui veut dire nettoyer
et comment dit-on
eau de javel
le mot tragédie
ne sert à rien

mais catharsis oui
du quotidien
à coups de serpillière
et de pitié aussi

sur la terrasse
les taches s’acharnent
la mort ne part pas

et moi qui n’ai aucune
passion pour l’immaculé
je m’acharne aussi
j’efface autant que je peux
les traces

Photo Cartier-Bresson (Sifnos, Grèce)


"eau"

 Dernier poème de la série "Paros" publié dans Friches.




eau


bruissement de l’averse embrassant le jardin
je dors et dehors
l’eau tombe en trombes

baiser bruissant de la mer et du sable
il y a dix ans
une petite chambre en bois blanc
un logis posé sur un océan               
je dors et dehors
la mer amant fatigué
vient ronfler dans mon oreille



Nicolas de Stael, Tempête



"Fin de jour (2)"

 Suite de la série "Paros".


 
fin de jour (2)


Face à la mer orange la montagne est mauve.
Les herbes des champs distillent l’alcool du dernier soleil,
offrant au vent un or tremblant suspendu
entre ciel et terre et friable sous les doigts.
Les hirondelles dansent
comme si ce soir tout finissait ;
c’est l’heure en transe où elles croisent au ciel
les chauves-souris du silence.
En bas, les chèvres claudiquent vers leur abri,
les pattes attachées deux par deux,
indifférentes aux ballets de la liberté.        
La lune en train de mourir se lève sur la montagne
et projette des ombres inconnues.
Le ciel se tait. Les odeurs parlent. J’écoute.


Vassily Kandinsky, "Paysage de montagne"

"Fin de jour"

Un autre poème de la série « Paros », paru dans le n° 108 de Friches (voir aussi et ).


fin de jour


ciel de nacre, mer de nacre
émulsion lisse irisée
pas de place pour l’angoisse
dans ce rosé laiteux
où s’enfonce un ferry

– coquillage gazeux
duquel émergent
de maigres adolescents
Vénus en garçons
perles de leur mère

sur les rochers
noir squelette de la mer
un chat en chasse qui vient
de rater un oiseau s’assoit
comme un touriste devant

le coucher de soleil
et les serveurs aux terrasses des cafés
eux aussi s’arrêtent pour laisser
leurs yeux prendre le large
j’ai perdu ma journée aujourd’hui

et que faire ?


Claude Gellée dit le Lorrain : Ulysse remet Chryséis à son père

"Pâques opaque"

(Suite de la série "Paros").


Pâques opaque


la mer immobile
isolement inutile
pas même un exil


abandon au temps
la paralysie du jour
le creux de l’instant


les galets ricochent
je reste sur le rivage
le sable s’accroche


– à Pâques cette année
Jésus a dû oublier
de ressusciter


Tableau de Claude Monet


"L'hiver grec"

Friches est une revue limousine, ce qui la rend d'emblée sympathique; c'est une bonne revue, avec des invités de qualité (je ne dis pas ça parce que j'y suis parue...); et c'est aussi une belle revue, imprimée non pas à l'ordinateur mais en typographie — les lettres ont du relief, des lettres bien noires qu'on sent sous les doigts ! Dans le n° 108, quelques-uns de mes poèmes y ont été publiés. Ils sont extraits de la série "Paros".

  
l’hiver grec


le centre de Paros se trouve au nord
de la plage de Kryos
entre la baie et les falaises
l’arrondi et le raidi
près de chez l’iguane

l’hiver y est le printemps
le printemps y est le vent
hiver de pâquerettes et d’anémones

ailleurs les arbres croulent
sous les boules de Noël
à Nauplie les orangers
à Samos les grenadiers

en Arcadie aussi
la mort existe


Fresque de la Villa Livia, Rome