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Vide-poche : Pierre Vinclair et Nicolas de Staël


[…]
La beauté seule excuse les fausses leçons
que le poète, ému par ses propres chansons,
se croit le droit de nous donner. Car notre oreille
ne cherche pas la vérité mais la merveille.
Et trouve chez de Staël une formule ad hoc :
« On ne peint pas ce que l’on voit, on peint le choc ».

Pierre Vinclair, Sans adresse, éditions Lurlure, 2018


Nicolas de Staël, Soleil peint


Guillaume Decourt : Les Heures grecques


Après Constantin Cavafy, encore un peu de Grèce, encore un peu de jouissance des corps sous le soleil. Guillaume Decourt dans Les Heures grecques raconte en dizains ses amours avec Vassiliki et ses relations avec le « pays de sa femme », poursuivant ainsi son autobiographie (son autofiction ?) poétique après La Termitière ou Diplomatiques. Le recueil est dédicacé au poète Frédéric Musso, mais je ne peux m'empêcher de trouver pour ma part (et même si Guillaume Decourt lui-même n'est pas forcément d'accord) qu'il a surtout un petit air de famille avec la poésie de William Cliff, ce qui n'est pas un mince compliment.

Ici la jouissance des corps est certes moins triste que chez Cavafy (et moins honteuse !), mais non dénuée d’un certain sentiment de culpabilité : l’idée d’un ratage ou d’une illégitimité semble toujours hanter d’une façon ou d’une autre les poèmes de Decourt, alors même qu’ils chantent le désir et le plaisir. Le bonheur boite, comme son amour, comme ses décasyllabes mal découpés (rebelles au rythme 4-6 ou à tout autre, cassant en deux des verbes à la rime…). C’est ce qui fait le charme irrésistible de cette poésie, mélange de volupté et d’autodérision : un enchantement qui se dit sur le mode du regret. — Ce qui n’est pas raté, assurément, ce sont les poèmes de ce nouveau recueil.


Ressources

Je paresse également beaucoup trop
Dans cette Grèce où je n’existe pas
Où j’aime et je vis presque malgré moi
A la taverne pendant le repas
Je ne m’exprime qu’avec peu de mots
Et souris pour avoir l’air d’être là
Je suis désormais sans ressources et
Je n’écris que peu  – j’attends que ça vienne –
« Soleil » « Vassiliki » ai-je noté
Dans mon carnet tâché de mer Ionienne



Guillaume Decourt, Les Heures grecques, Lanskine, 2015
 

Nicolas de Stael, Paysage méditerranéen

"départ"

Le dernier poème de la série « Paros », dont une partie a été publiée dans la revue Friches (n° 108) et une autre (voir post précédent) dans la revue Verso (n° 150).



départ



…et la mer l’ignore




demain donc je te quitte
île fermentant sous la lune 
île décantant au soleil
île aimée du vent et de la mer
belle indifférente

ma tristesse en vagues nonchalantes
vient battre contre mes pensées




une île s’éloigne
un continent se rapproche
des êtres transitent          




pourtant j’en ai déjà quitté bien des endroits
je n’ai jamais connu cette envie de rester
cette impression d’avoir le cœur trop à l’étroit
comme si désormais prenait fin la beauté


Nicolas de Stael, Bateaux

"eau"

 Dernier poème de la série "Paros" publié dans Friches.




eau


bruissement de l’averse embrassant le jardin
je dors et dehors
l’eau tombe en trombes

baiser bruissant de la mer et du sable
il y a dix ans
une petite chambre en bois blanc
un logis posé sur un océan               
je dors et dehors
la mer amant fatigué
vient ronfler dans mon oreille



Nicolas de Stael, Tempête