"Loin" (2)


Un autre extrait de la série « Loin » parue dans la revue Conférence (n° 38, printemps 2014).




derrière la vitre il y a la nuit
les châtaigniers craquent
le vent souffle
des êtres sortent de leur cachette
l’humidité se déplie
la lune passe en fantôme séduisant

nous avons fermé les volets
tiré les rideaux allumé les lampes
la télé l’ordinateur
pour laisser la nuit derrière la vitre

de l’autre côté du mur on sait
qu’il y a le mystère
mais le mystère est trop froid
et trop humide



Photo Edward Steichen : The Pond - Moonlight


6 commentaires:

  1. la lumière, îlot flottant dans le mystère: j'aime vraiment beaucoup ce poème

    RépondreSupprimer
  2. Je ne sais pas comment en si peu de mots vous parvenez à créer une atmosphère où deux mondes se côtoient sans s'ignorer.
    J'aime beaucoup l'impression qui s'en dégage: face au monde et à l'obscurité, l'intimité, la chaleur...
    Marie-Brigitte Ruel

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci de vous être arrêtée un peu au seuil de ces deux mondes !

      Supprimer


  3. Le mystère a des bras obscurs,
    qui confisquent les formes,
    les mélangent sans qu'on sache bien comment,
    dès que le soir grignote l'espace connu.
    Alors l'humidité sourd des plantes,
    qui se détendent du jour,
    et laisse place aux créatures nocturnes.

    Celles que l'on entend, et celles
    que l'on imagine, abrités derrière
    les paupières fermées des volets de bois,
    où la lune essaie de se faufiler par les fentes.
    On essaie d'oublier ce qui se trame
    de l'autre côté des murs,
    en allumant l'électricité, dont la fixité rassure.

    Mais il suffit d'une panne
    pour que le quotidien bascule,
    on ressort les chandelles, que l'on dispose ,
    pointillés lumineux dans la pièce,
    tremblotantes flammes, elles sont éphémères,
    et sans doute effrayées, elles-aussi,
    que le mystère de la nuit

    envahisse l'intérieur, réagissant
    au plus petit mouvement d'air,
    - un pressentiment -
    comme si celui-ci,
    profitant de la plus petite brèche,
    s'apprêtait à bondir
    de l'autre côté des murs,

    une protection si mince,
    qu'on pourrait penser qu'il puissent
    se dissoudre aussi,tel un sucre
    plongé dans un verre d'eau,
    la porte ouverte à tous les possibles,
    et de ceux dont on n'a pas d'autre idée
    que celle des songes flottants prenant consistance .

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour ce passage et cette réponse poétique !

      Supprimer